C'est juste après avoir terminé la plupart de nos devoirs universitaires et avant que ne commence la période des exams que nous avons décidé avec Matt, un ami américain, de partir sur la route de l'aventure! Nous avions déjà acquis auprès d'une connaissance un billet pour une "Jucy Cruise", au coeur du Fjordland National Park. Bien qu'aucun de nous ne savions ce en quoi consistait cette croisière, nous décidâmes de consacrer notre weekend de liberté à cette prometteuse épopée. Pour tout vous dire, lors de l'achat des billets, j'avais compris "Juicy Cruise" et imaginais une soirée sur un bateau à déguster des jus de fruits...
Un bateau sans jus de fruit...
Afin de rendre cette escapade plus palpitante et abordable, nous nous résolûmes à rejoindre Milford Sound en auto-stop, ayant en tête qu'il ne nous faudrait pas plus de 2j pour couvrir les quelques 500km qui nous séparaient de notre destination. L'itinéraire (ci-dessous) nous promettait de superbes paysages entre les plaines et montagnes du Central Otago et l'excitation nous tint éveillé jusqu'au départ matinal.
Cliffy (copain kiwi) nous conduit hors de la ville vers un point stratégique pour faciliter notre premier enlèvement. Nous avions respectivement un panneau indiquant la direction dans laquelle nous souhaitions aller et un autre "Go Blacks", pour appâter le supporter néo-zélandais. Nous étions plein d'énergie et de bonne volonté, naïf de croire que notre légendaire charme baroudeur suffirait à soumettre les automobilistes à notre volonté.
Matt, l'ami américain
Sur l'ensemble du parcours, nous avons été pris en moyenne après une heure et demi de danses en tout genre, de regards suppliants et de crampes au(x) pouce(s). Nos stratégies ont évoluées avec nos échecs, mais force a été d'admettre que stratégie et auto-stop sont manifestement deux notions incompatibles.
Une stratégie qui ne marche pas avec les camions
La route était certes magnifique, mais également épuisante. Les sujets abordés étaient sensiblement les mêmes avec l'ensemble des conducteurs, et il était fatiguant de garder une conversation constante et fluide sur l'ensemble du parcours. En bons élèves du Trivial Pursuit en équipe, Matt et moi nous étions répartis les sujets par affinité: Matt avait pris l'option Géographie/Faune/Flore/Météo tandis que je variais les plaisirs avec une récitation de lieux communs concernant les différentes équipes du Rugby présente en Coupe du Monde.
Nous passâmes notre première nuit à Te Anau (voir carte), dans une auberge de jeunesse où nous avons fait la connaissance d'autres voyageurs qui nous accompagnèrent au bar du coin pour une petite mousse. La gargote offrait une vue imprenable sur le lac Te Anau ainsi que sur les montagnes environnantes, le petit déjeuner sur la terrasse ne fût donc pas aussi désagréable que la gueule de bois qui l'accompagnait.
Nous fûmes ramassé sur les coups de midi par un père de famille Maori au volant de son camping car en compagnie de ses deux filles (8 et 13 ans, je précise). Les larges fenêtres du véhicule nous permirent de pleinement profiter du décor sublime sur la route entre Te Anau et Milford, environnés par ses fjords et ses sommets enneigés. Notre chauffeur étant en mode touriste dans l’île du sud, nous pûmes également jouir des quelques points du vues qui jalonnaient le parcours. Nous avons convenu avec Matt qu'il s'agissait de la plus belle route que nous avions vu jusqu'à présent, toutes destinations confondues... Difficile conclusion.
On se sent tout petit là...
Enfin arrivé à Milford Sound, nous entreprirent une visite du patelin... quoique hameau serait plus approprié. En effet, la localité ne compte qu'un nombre (très) modeste de bâtiments, uniquement destinés à l'accueil des touristes ainsi qu'à l'hébergement des employés du coin. En revanche les environs à eux seuls justifient l'arrivée massive de cars de touristes octogénaires, dont certains ne repartiront peut-être pas.
Une petite marche dans Milford
Notre petit tour terminé, nous installèrent notre campement pour la nuit dans le bois bordant le gîte du village. La nuit fut agitée, et la toile de tente harcelée par les trombes d'eau et le vent. C'était bien.
Nous partîmes le lendemain pour notre croisière sur le fjord. Une épaisse couche de nuages couvraient la cime des hauteurs alentour et l'expérience semblait compromise par les aléas météorologiques. Il n'en était rien.
Un joyeux matin de printemps
La bateau part de Milford pour aller faire demi-tour à l'entrée de la mer Tasman. Le principal intérêt de la croisière réside dans les chutes d'eau sillonnant dans les montagnes pour se jeter dans le fjord. La pluie de la veille avait considérablement alimenté les torrents, rendant ces derniers d'autant plus impressionnants.
De plus, la brume donnait au paysage un air de King Kong et soulignait parfaitement l'atmosphère mystérieuse des environs. Si un T-Rex était sorti des montagnes, nous aurions évidement trouvé ça effrayant, mais pas tellement surprenant.
La "petite" chute au fond fait près de 100m de hauteur
Ce furent deux heures de béatitude totale, à contempler une nature que nous ne croyions possible que dans les films fantastiques. Il faisait froid, nous étions trempés, et pourtant un sourire persistant nous donnait l'air de deux adolescents à la sortie de leur première nuit d'amour.
Le rocher aux phoques
Au retour, nous empruntâmes un trajet différent de celui emprunté à l'aller, pas tant par volonté que par accident. Nous nous retrouvâmes ainsi à Queenstown, destination populaire parmi les jeunes kiwis. C'était le soir de la première rencontre entre les All-Blacks et la France, et le bar dans lequel nous nous établîmes était peuplé de français. Nous passâmes une nuit pleine de rebondissement, accompagnés par deux jeunes autochtones rencontrées à la taverne. Sans doute la meilleure soirée que j'aies passé depuis mon arrivé.